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Quand l’idée politique n’est que servitude…

On voudrait bien y croire… Mais la situation de la France ne changera pas avec les élections de 2017.

Le propre des partis politiques est de contenir l’offre à l’intérieur du cadre duquel ils procèdent. En d’autres termes, il serait vain d’attendre des programmes électoraux qu’ils abordent des questions qui sont frappées d’anathèmes doctrinaux ou écartées par le politiquement correct.

Une des spécificités de la France, est qu’elle demeure toujours sous l’emprise juridique et dogmatique de la Révolution de 1789. Bien heureusement se réjouiront les communistes ! Mais c’est ce qui précisément pose un problème fondamental. Entendons-nous bien ! Je ne suis pas en train de promouvoir le retour de la monarchie. Ce n’est pas la question. La Révolution de 1789 n’a pas aboli la royauté par principe, mais en conséquence d’un dogme construit ex nihilo durant les Lumières, et qui ne vaut que pour ce qu’il est. C’est la tabula rasa.

Il s’agit de poser l’idée que l’assemblée des députés peut (et même doit) élaborer l’ensemble des règles de la société sans aucune référence historique, sans tenir compte des us et coutumes d’un peuple que l’on entend faire sortir de force de ses habitudes et de la culture transmise. C’est la fameuse phrase de Rabaut de Saint Etienne : « L’ancienneté d’une loi ne prouve autre chose, sinon qu’elle est ancienne. On s’appuie de l’histoire ; mais l’histoire n’est pas notre code. Nous devons nous défier de la manie de prouver ce qui doit se faire par ce qui s’est fait, car c’est précisément de ce qui s’est fait que nous nous plaignons ».

Philosophiquement, on retrouve cette idée dans la définition que donne Kant de son « impératif catégorique ». Un peuple a certes besoin de règles intangibles, mais qui doivent être issues des principes définis par une philosophie érigée en un tout indépassable.

D’aucuns rétorqueront qu’il n’y avait que ce moyen pour sortir des règles de la monarchie. Tant que les ordres subsistaient, aucune véritable évolution ne pouvait advenir. Peut-être…

Toutefois, le raisonnement consistant à introduire de manière totémique une notion telle que celle de la liberté, et de s’en servir pour ensuite verrouiller toute question politique qui serait jugée contraire à la définition imposée de ladite liberté, aboutit au final à un système idéologique schizophrène.

Prenons un exemple. L’universalisme des Lumières entend donner à l’Homme un statut irréductible en lui conférant une liberté individuelle qui ne peut être atténuée que par le système judiciaire après un jugement équitable. L’idée est évidemment honorable et défendable. Mais comment alors justifier que l’on puisse s’en servir pour combattre (voire même persécuter) les individus qui entendent pratiquer leur religion ? Les Droits de l’Homme font référence à la liberté religieuse. Pourtant, depuis deux siècles, les pouvoirs publics ne cessent de vouloir « écraser la tête de l’Eglise » (la formule est de l’inénarrable Mélenchon). Qu’est-ce donc qu’une religion qui ne peut avoir aucune visibilité dans l’espace public ? Une liberté ? C’est en fait une manière commode d’extirper de la conscience individuelle l’idée même de transcendance. La liberté dont on se sert est alors l’arme du dogmatisme athée combattant les citoyens imbéciles qui croient encore à des fadaises…

A défaut pour l’Etat de laisser l’Eglise dispenser sa foi et ses dogmes librement, on a assisté à une dégringolade de la pratique religieuse et au développement de l’athéisme. C’était donc cela la grande vertu de la liberté ?

Pourtant, on est là en présence de deux conceptions du monde qui ne peuvent pas se convaincre l’une l’autre : Croire ou ne pas croire. Il n’y a aucune raison pour qu’un système idéologique qui énonce le principe de liberté, puisse ensuite prendre partie pour une des deux hypothèses.

La question islamiste a réactivé depuis peu le problème (car l’Eglise catholique a abdiqué depuis longtemps). Mais le traitement politique qui en est fait témoigne de l’impuissance manifeste de l’Etat, pris au piège des dogmes intouchables.

La théorie des Droits de l’Homme a rendu impossible le traitement de la question de l’immigration. Durant des décennies, il ne fallait pas parler du nombre d’immigrés (c’était du racisme), du communautarisme (c’était contraire à la notion de citoyen), de la délinquance (encore du racisme)… L’administration s’est abstenue de toute étude sociologique tendant à corréler des facteurs cause à des situations objectives. On a détourné la question par le discours des causes sociales des problèmes des banlieues…

Cela a abouti à la montée en puissance du Front National. Quant aux Français qui désespèrent dans certains quartiers, il n’est venu à l’idée de personne de leur demander comment ils vivaient leur formidable liberté des Lumières…

Parmi les questions interdites, il y en a une qui a un poids tout à fait considérable. C’est celle de la religion des immigrés. Depuis 40 ans, ceux qui entrent sont en effet très majoritairement musulmans. Or, cette religion n’a pas fait l’objet d’écrasement par l’Etat comme la religion catholique (interdiction des congrégations sous la Révolution, déportation de milliers de prêtres réfractaires au bagne de Cayenne, exécution sommaire… puis plus tard, interdiction de tout prosélytisme, de toute immixtion dans la sphère publique, loi de 1905 dépossédant l’Eglise de ses biens…).

Pour tout dire, le dogme de l’universalisme a conduit l’Etat a s’interdire de critiquer quoi que ce soit (le mode de vie de l’immigré, c’est sa liberté). On a préféré fermer les yeux sur les contradictions idéologiques entre le monde musulman et la conception de l’Etat… Une contradiction lourde de conséquences…

Car l’absence de contrôle des entrées, les régularisations massives de clandestins, le nombre d’étrangers devenu excessif dans de nombreux quartiers, leur absence d’intégration (autre dogme : la France ne devait pas imposer sa culture), le développement d’un communautarisme d’opposition au pays hôte, tout cela a saturé dans les faits et médiatiquement la conscience des Français et leur vie quotidienne. Le tout avec un système politique incapable de faire face à ses contradictions (gauche et droite).

L’apparition de l’islamisme arrive ainsi au pire moment qui soit. La question du voile, du burkini et de toute autre démonstration visuelle d’une pratique de l’Islam qui choque, n’aurait pas dû soulever de problème. Si l’immigration n’était pas aussi nombreuse et peu assimilée, si le personnel politique ne s’était pas laissé enfermé dans des dogmes contradictoires paralysants, le fait que quelques excentriques préférassent prendre leur bain de mer entièrement couvertes, aurait dû provoquer l’hilarité générale plutôt que l’indignation. Mais d’un épiphénomène sans conséquence (et relevant de la liberté individuelle), on en a fait un casus belli au titre même de la liberté ! Car il fallait évidemment que le discours dogmatique fût réactivé concernant les vertus de l’Etat à contraindre, fût-ce contre elles-mêmes les musulmanes à abandonner leur rites pour la laïcité jugée meilleure (mais au nom de quoi ?).

Voilà donc le fond même de l’incapacité de notre système politique à faire face aux questions de notre temps. A trop s’être arc-bouté sur des principes construits sans tenir compte de l’empirisme de l’Histoire et de la réalité de la culture du pays, nous ne sommes plus en mesure de poser les problèmes en termes objectifs. A défaut de pouvoir évoquer clairement le problème du nombre de musulmans en France, on préfère se scandaliser pour la servitude de ces pauvres femmes sous la burqa.

Mais la servitude réelle, c’est celle de ne pas pouvoir aborder les questions qui font problème par le mécanisme d’une idéologie qui encadre la réflexion… au nom de la liberté…

Et on retrouve ce système encadré pour toutes les questions de notre temps (économiques, sociales, culturelles, identitaires).

Or, je ne vois aucun des candidats potentiels ou déjà déclarés, prêts à aborder les grandes questions de notre société au travers d’une réflexion totalement libre. Tant que nous aurons une pensée serve, entretenue par une classe dirigeante ayant la même formation, et des lieux d’influence qui entretiennent le même pensée (et dont tant d’hommes et de femmes politiques font partie), rien ne pourra évoluer…

 

 

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Introduction à une recomposition sociétale

Alors que depuis des décennies, la France s’enlise dans une politique quasiment constante d’impuissance à réformer, d’incapacité à poser les questions de l’identité de la France autrement qu’en reprenant l’antienne des droits de l’homme, de course-poursuite des gouvernements derrière une mondialisation non contrôlée, d’une gabegie budgétaire indécente, d’une lente mais constante déclassification de la nation française, le personnel politique, lorsqu’il parvient à l’orée d’une nouvelle échéance électorale, croit encore possible – et tente d’imposer comme discours indépassable – le mythe de la promesse et le cantonnement politique dans sa sphère traditionnelle (redonner confiance, faire baisser le chômage, retrouver la croissance, rassembler les Français, résorber les inégalités…).

Pourtant, de multiples signes sont apparus depuis des années, et apparaissent encore qui contredisent une doxa de plus en plus inaudible :

– L’inexorable montée du Front National, d’élections en élections (je ne participe pas à sa diabolisation, mais je place sa progression comme une réponse populaire à la désarticulation du pays) ;

– L’échec de l’intégration des étrangers (qui se communautarisent en arrivant en France, plutôt que de désirer participer à la vie du pays) ;

– La perte identitaire d’un peuple qui n’a plus aucune fierté d’être français et éprouve même une gêne devant les symboles nationaux ;

– L’exil hors de France de plus en plus massif des jeunes diplômés ;

– Les résultats catastrophiques de l’enseignement, laissant chaque année des centaines de milliers de jeunes sans diplôme et dévalorisant la qualité des formations par la massification de la course aux titres ;

– L’affaiblissement de la voix de la France sur la scène internationale, en dépit de sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU ;

– Le déclin inexorable de sa compétitivité économique et de son industrie ;

– La fiction maintenue d’un modèle social français (qui serait tellement supérieur à celui de tous les autres Etats du monde mais  que personne ne voudrait reprendre…).

A ces constats devenus ritournelle, il faut ajouter – ce qui est nouveau et donne le sens de l’ampleur de la situation – le discours de plus en plus clair et alarmant de nombreux intellectuels (philosophes, politologues, sociologues…) se relayant pour attirer l’attention sur les risques d’implosion voire de destruction violente de la société. Les exemples sont légion, même s’il faut admettre que les divergences  des courants de pensée dont se réclament ces intellectuels interdisent toute possibilité d’en agréger les theoria : Alain Finkielkraut, Pierre-André TaguieffRégis Debray, Alain Badiou,  Alain Minc, et quelques autres, récemment morts comme Jean Baudrillard. La mise en cause de la société dans ses fondements, dans ses représentations, dans son identité, et quelles qu’en fussent les causes pointées par la réflexion philosophique et sociologique, interpelle d’autant plus que l’on sait, depuis les Lumières, que les grands bouleversements sociétaux, le changement social, sont toujours précédés par une critique intellectuelle de la structure idéologique de la société.

Force est pourtant de constater qu’aucun impact sur le champ politique ne peut être relevé. Le personnel politique ne semble mû que par le calendrier électoral duquel il tient sa survie. C’est ainsi qu’à chaque échéance, il réinstaure la production du discours des temps nouveaux,  du « il faut faire » comme listage des réformes purement formelles à accomplir, sans jamais tenter une approche sous l’angle des grandes orientations sociétales. Et, une fois les élections remportées, avec la verve de l’oublieux, la nouvelle majorité se contente de pétition de principe, de justification des échecs et du « ça ira mieux demain ». C’est en définitive l’opposition qui, du fait de sa distanciation forcée avec le pouvoir, apparaît toujours comme ayant une vision plus juste de la réalité d’une société malade, mais qu’elle oubliera très vite lors de l’alternance suivante.

On aura évidemment bien compris que le système politique, essentiellement fait pour gratifier son personnel des privilèges du pouvoir et des honneurs, n’est pas en mesure de se soumettre au questionnement de sa propre perte et d’en tirer les conséquences. Les élites politiques n’ont d’existence qu’à travers les postes et les fonctions qu’ils convoitent à tour de rôle. Comment pourraient-ils accepter la disparition du système avant même d’y accéder ?

Mais si ce n’est pas des hommes politiques dont il faut attendre le sursaut, si ce n’est pas du système démocratique, électoral, institutionnel, dont il faut attendre la capacité de mise en oeuvre du questionnement philosophique de la société (cf le distingo entre démocratie formelle et démocratie réelle par Alain Badiou), alors de qui doit venir cette prise de conscience en action ? Qui doit initier ces débats ?

A dire vrai, notre société, dont on prétend qu’elle a investi le champ de la communication sans limite, n’est en rien contrainte par cette liberté de parole. Il est notable de constater que la production des opinions et sa diffusion à grande échelle, n’ont pas modifié la hiérarchie du discours légitime. Le flot ininterrompu des idées particulières s’auto-détruit par l’infinité de son volume, par l’indifférenciation qualitative. Certes, le pire côtoyant le meilleur, un filtre semble bien nécessaire. Le problème, c’est qu’il ne subsiste que les discours officiels, consensuels, pro-système, repris dans les grands médias acquis eux-aussi à la survie du système. Or ces discours sont précisément ceux qui se contentent le plus souvent de commenter la superstructure de la société, sans jamais en atteindre l’infrastructure, pour reprendre cette distinction marxiste essentiellement juste. On pourra cependant objecter que les auteurs et intellectuels cités supra, sont eux aussi médiatisés et ont un accès privilégié, en surbrillance, au champ de la communication. Sans doute ; mais ils sont le plus souvent isolés, réduits à n’être que leur propre représentant. Et le temps des grandes figures philosophiques des années 60-70 est bel et bien révolu. Personne ne semble en mesure de porter sa parole à un degré suffisant de légitimité pour obtenir une audience réellement décisive, faisant autorité. La relativisation de toute chose – autre élément fondamental pour comprendre la société d’aujourd’hui – interfère sans cesse dans la production des idées pour leur enlever leur valeur intrinsèque et les laisser dériver dans une contingence universelle.

Pourtant, le bon sens des peuples perçoit nettement le besoin de réflexion et de recul intellectuel pour penser la société, la restaurer et redonner une assise normative à la vie collective. Peut-être pour la première fois dans l’Histoire de l’homme, c’est du tout un chacun que vient cette intuition que nous ne pouvons pas nous passer d’une structure morale qui pose les barrières, explique le sens que la majorité du peuple entend donner à son existence. Etrangement, les élites intellectuelles ont perdu leurs prérogatives et leur légitimité propre. On doit désormais les solliciter.

A ce titre, je suis persuadé que les grandes questions qui fonderont notre devenir national devront faire l’objet de débats, de groupes de réflexion de type think-tank. Il faut forcer le trait, avoir de l’ambition, dépasser la contrainte du bruit de fond médiatique.

La France est une belle nation, qui a forgé son identité au cours de sa très longue histoire. Certains voudraient l’ignorer, considérer que la Révolution, en instaurant un système idéologique démocratique a mis fin à l’Histoire (voir en cela la théorie de Francis Fukuyama). Mais nous ne pouvons plus ignorer que les problèmes qui se posent à nous dans le temps présent, nécessitent des décisions et des choix qui ne pourront être pris qu’en ayant renoncé au préalable au sens commun et aux évidences.