Réflexions pour un avenir

Pour en finir avec la culpabilisation du peuple français !

En préambule de cet article, je voudrais poser une question… conséquente : Est-il possible, en France, de défendre une position générée par une personnalité du Front National ou en lien avec un point de vue défendu par ce parti sans être fiché comme thuriféraire d’extrême droite ? Au vu des articles consternants ayant suivi l’élection d’Alain Finkielkraut à l’Académie Française, on peut en douter. Eh bien ! La résistance contre toute forme d’oppression étant par nature justifiée, je passerai outre le terrorisme de la pensée, car la recherche de la vérité et la réflexion ont toujours eu un prix à payer. Je n’hésite donc pas…

Les médias – comme il fallait s’y attendre – se focalisent désormais sur les mairies ayant une majorité Front National. La démocratie a pourtant parlé lors des Municipales : aucun bureau de vote n’a été pris d’assaut par un candidat ou un parti, aucune arme à feu n’a été retrouvée dans les isoloirs… mais, comme d’accoutumée, certains ne veulent pas admettre les résultats… C’est même au nom de la démocratie qu’ils s’insurgent de l’élection de certaines listes et que des comités de vigilance ici et là se forment pour contrôler les abus qui ne manqueront pas d’être commis ! Comment accepter un tel discours ? Comment ne pas être écoeuré par de telles pratiques totalement ineptes dans le cadre d’une vieille démocratie apaisée ? Comment ne pas considérer que l’argument démocratique brandi comme s’il était en péril n’est que le leurre d’une société dont des groupes se sont arrogés le monopole de la bonne pensée et des vérités d’évidence ? Peu importe qu’il y ait ou non cohérence du discours avec la réalité, peu importe de ce que souhaite la majorité des électeurs. La bonne pensée a toujours raison. Elle sait ce qui est bon, et se donne même comme vocation de redresser les mal-pensants.

A Villers-Cotterêt, le maire Franck Briffaut a décidé de ne plus commémorer l’esclavage dans sa commune. A priori, il en a le droit. Las ! les bonnes âmes s’en sont émues en évoquant les sempiternels refrains légitimes par nature (il est normal de commémorer l’esclavage ; ne pas vouloir le faire, c’est du racisme). Le tout avec la larme à l’œil de la repentance (pour les horribles crimes coloniaux) et la vocation de prophylaxie sociale (pour l’éducation des citoyens récalcitrants).

Posons un instant un esprit critique sur la situation :

1)      La société s’est coupée de ses racines historiques, culturelles et spirituelles en prétextant la libération de l’individu des « chaînes de sa servitude ».

2)      Mais la démocratie ne suffit pas à former les esprits. Il faut donc des références idéologiques. On invente alors des principes supérieurs qu’on totémise.

3)      Pour agréger les esprits, on créé des conflits (quand il y a des droits ou des principes à revendiquer, il y a une dynamique qui entraîne les masses). De plus, revendiquer, c’est le mode privilégié de la lutte contre une inégalité ou une injustice. La légitimité est donc a priori.

4)      Comme support, on créé de toute pièce des commémorations (en l’espèce, celle en question ne date que de 2007).

5)      A partir de leur création, elles deviennent intouchables. A cette fin, ceux-là même qui luttent à l’envie contre l’obscurantisme religieux, utilisent une mystique quasi-identique pour refuser avec l’énergie du croyant bafoué dans sa foi, toute atteinte à la sacralité de la commémoration.

Certes, le processus est à bien des égards puéril et falsificateur. On se paie notre tête en agitant un chiffon rouge. On se complaît dans des logiques de fausses menaces planant sur la démocratie en tirant des ficelles très visibles et en actionnant les ressorts de la peur ou de la sensiblerie. Mais le résultat est étonnamment en accord avec les objectifs.. Le soupçon s’insinue dans les esprits sur l’objet de la révolte, jusqu’à laisser des traces indélébiles.

On comprend alors comment des propos grotesques puissent être tenus par les opposants au maire de Villers-Cotterêt… avec les accents de la légitimité absolue, alors qu’ils ont été battus aux élections et qu’ils sont minoritaires dans la commune. Mais les cris des opprimés sont toujours entendus…

A titre personnel, je crois que cette habitude de la repentance, du pardon aux anciens peuples colonisés, de la chasse aux racistes et toutes les thématiques corrélatives, sont une menace considérable pour la cohésion du pays. Contrairement à ce que les loges maçonniques ont cru, l’auto-flagellation et la culpabilisation ne servent à rien lorsque le peuple ne se sent pas coupable. Dans l’Allemagne des années 50 et 60, un tel discours était reçu par tout le monde comme une évidence, parce que la population avait été partie prenante au régime nazi à un titre ou à un autre. Décréter en France que nous sommes coupables d’avoir colonisé des pays ou d’avoir pratiqué l’esclavage (aboli il y a plus d’un siècle) est inaudible. Et c’est fort heureux.

 

Elections municipales : La saveur eschatologique d’un corps électoral excédé

La vie politique française semble ainsi faite que les commentaires les plus pessimistes la concernant sont toujours en dessous de la réalité.

Les années passent, les décennies s’enchaînent inéluctablement sur un désordre et une évanescence qui forcent l’écoeurement et la saturation. Les majorités se sont et se défont au gré des élections, dans une schizophrénie de la recherche d’un perpétuel au-delà inaccessible, et que la réalité ramène à sa terrible dimension médiocre d’un quotidien sans âme et sans idée.

En mai 2012, lassée par un quinquennat tumultueux, l’opinion publique voulut retrouver le calme et la rondeur d’une présidence apaisée. François Hollande n’avait de manière évidente aucune des qualités qui fondent un chef d’Etat. Certes, il est apaisant. Mais on ne gouverne pas par l’endormissement ou le statu quo. Surtout en ces temps de réforme d’un Etat totalement suranné, boulimique et en asphyxie perpétuelle. Non, il n’est pas l’homme de la situation. Et les Français n’ont guère mis plus de quelques mois pour s’en convaincre. Il a même atteint des sommets d’impopularité, comme si les échéances électorales n’étaient pas assez rapprochées, que les alternances systématiques au gré des élections ne suffisaient plus aux électeurs pour manifester leur mauvaise humeur devant le spectacle pathétique d’un pouvoir à l’agonie… fuyant ses responsabilités sur un scooter en quittant l’Elysée par une porte de service pour s’oublier dans la gaudriole.

Les présentes élections municipales ont alors été l’occasion de sanctionner cette majorité de gauche inconsistante. Et quelques résultats sont tout à fait salvifiques… détrônant des potentats locaux qui s’étaient imaginés que les municipalités ne pouvaient qu’être socialistes, exactement comme le PCF pensait, durant les années 50-80 que la couronne rouge de Paris serait immuablement communiste.

Mais avec un taux d’abstention de près de 40% et un renversement complet de majorité, moins de deux ans après la déferlante socialiste de 2012 qui avait conforté TOUTES les majorités au PS (communes, départements, régions, Assemblée Nationale, Sénat, exécutif), comment ne pas observer que ce scrutin nous renvoie le signe manifeste d’une désaffection grandissante des Français pour la politique, une défiance devant l’attitude du personnel politique, ses pitoyables mensonges électoraux, ses inconcevables reculades pour rester au pouvoir, ses abandons ou a contrario ses obstinations pour plaire à sa petite majorité ? On a voulu se consoler dans les médias, en disant que finalement, le Front National n’avait pas réalisé un score important, malgré la dizaine de villes remportée. Mais l’ancrage de ce parti, sa lente mais inéluctable poussée, sa captation d’une partie toujours plus grande des déçus des autres formations, est bien la preuve que le malaise n’est plus seulement circonstanciel, qu’il est le résultat d’un diagnostic sur l’état « médical » d’un système moribond.

Le personnel politique français n’a pas encore compris que la politique ne devait pas s’appréhender comme une carrière mais comme une charge. Il est absolument inacceptable de voir que la majorité des hommes et femmes politiques n’a jamais exercé d’autres activités et ne vit qu’aux dépens de la société en cumulant les fonctions éligibles, ou les nominations comme conseiller spécial ou à quelque emploi de circonstance dans la Fonction publique…

Il est plus que temps d’abandonner radicalement le modèle français dont on veut encore nous vanter les mérites comme pour prolonger un peu la magie de cet Etat interventionniste qui n’est au final qu’un impotent vivant très largement au-dessus de ses moyens et étouffant les Français de ses ponctions insupportables.

Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Le modèle capitaliste de la mondialisation ne saurait être pris comme le totem des temps modernes. Sa déconstruction de tout idéalisme, de toute primauté des valeurs morales, pour un monde que l’on précipite aveuglément dans une course sans fin et sans but, n’a pas plus d’avenir que la médiocrité de notre système politique.

Le temps est probablement venu d’une refondation philosophique de nos sociétés, de notre modèle de développement et des structures politiques adéquates pour y parvenir. Est-ce trop demander ? Peut-être… Mais avons-nous le choix ?

 

Les abandons de la politique

Je voudrais partager un excellent article paru dans le FigaroVox le 07/03/2014 intitulé UMP, FN, PS : l’effondrement de la politique.

Nous sommes entrés, depuis déjà pas mal d’années (et malheureusement, le quinquennat de Nicolas Sarkozy y est inclus), dans une nouvelle ère. Les élites se conduisent avec aussi peu de références morales et normatives que le tout un chacun. Elles ne peuvent plus être considérées comme véhiculant les valeurs qui fondent toute société policée. La surmédiatisation en est évidemment pour quelque chose. Mais l’affaiblissement moral et l’abandon de principes supérieurs (qui doivent normalement conduire ceux qui accèdent au pouvoir à renoncer à une vie ordinaire) sont encore plus déterminants. Les hommes politiques ont renoncé depuis longtemps à la VOCATION d’homme d’Etat, pour ne plus penser qu’à leurs INTERETS PERSONNELS.
Gouverner, c’est renoncer à soi-même, c’est s’oublier au profit de la nation. C’est une charge dont le poids est immense, sans contrepartie (car les privilèges de l’exercice du pouvoir ne sont que ceux liés à la représentation de l’Etat, et non à des gratifications personnelles).
Mais dans une société où l’appât du gain, les petits avantages à acquérir et la gestion de carrière sont devenus les seules références, le personnel politique exhibé outrancièrement dans les médias et cramponné au pouvoir, s’épuise à maintenir son statut comme fin ultime et narcissique.
Les idées et les discours ne sont alors plus que le décorum d’une société superfétatoire.

Préambule pour une analyse de la question migratoire

L’Eglise célébrait le dimanche 19 janvier la 100 ème journée mondiale des migrants. Le pape François, à plusieurs reprises, s’est ému du traitement que l’Europe semblait infliger aux immigrés africains tentant désespérément de gagner les côtes italiennes de l’île de Lampedusa ou d’ailleurs. D’une manière générale, l’Eglise critique de plus en plus ouvertement les décisions prise d’abord par l’Union européenne et par les Etats membres,  en mettant l’accent sur l’inhumanité d’une politique désormais généralisée des nations occidentales tendant à refuser l’accueil d’une immigration jugée trop importante pour l’assimiler.
On ne peut qu’être interpellé par l’appel des consciences de la part de l’ Église – qui montre bien, par ailleurs son inestimable capacité à poser les questions fondamentales dont nous serions bien inspirés de considérer la valeur intrinsèque plutôt que de se livrer à une détestable marginalisation sans cause d’une instance dont on oublie que la richesse doctrinale est à l’origine de l’essentiel de nos valeurs normatives d’aujourd’hui.

Mais il convient de remettre la question des migrants dans un contexte plus global. Si immigration il y a, c’est que les grands équilibres internationaux sont rompus. Depuis une cinquantaine d’années, sous couvert de mettre un terme à la colonisation soudainement jugée détestable (et en s’interdisant de relever ce qui avait été positif, comme si RIEN ne devait être bon dans la présence européenne en Afrique et en Asie, il fut convenu, parfois très maladroitement, que tous les pays étaient souverains et pouvaient prétendre à l’universalité de leur légitimité. C’est sans nuance, avec pour seule motivation la bonne conscience de gauche que nous avons quitté tous ces pays, plus ou moins pacifiquement, plus ou moins dignement. Mais le réalisme de la politique internationale ne tarda pas à pousser les grandes nations à reprendre pied sous une autre forme, dans les pays que l’on appelait alors « tiers monde ». Les Etats-Unis et l’URSS se crurent autorisés, grâce à leur statut d’hyper-puissance, de créer autour d’eux une zone d’influence qui englobait la tutelle possible de certains Etats (Cuba, Nicaragua, Chili, Europe de l’Est…) avec toutes les dérives  qui accompagnèrent de telles politiques. Pour les Etats européens qui étaient d’anciens colonisateurs, une influence continua à s’exercer sous couvert d’une aide au développement, mais ce fut surtout le règne des négociations cachées, des pots de vin et des influences financières pas très nettes.

En définitive, à la décolonisation idéologique, il fut substituée une diplomatie de façade et de multiples malversations et corruptions.

Il faut bien convenir qu’une telle situation était loin de permettre un développement réel des économies africaines. Au rythme des gouvernements fantoches, des contrats juteux au bénéfice des officines européennes, des grands groupes ou mêmes parfois d’individus entremetteurs proches des gouvernements européens, les vraies questions passaient au second plan, laissant par ailleurs le champ de la réflexion philosophique et l’analyse politique des relations internationales vis à vis du tiers monde, aux seuls marxistes et altermondialistes. Double erreur, s’il en est, puisque la préemption de ces questions dans le cadre conceptuel d’une grille d’analyse unique (et idéologique) ainsi que les multiples affaires financières très peu claires, déclassèrent la question africaine.

Pendant ce temps, les mouvements migratoires débutèrent et s’amplifièrent très vite dans les années 70 – 80. La pauvreté des pays d’origine et le clinquant apparent des pays-cibles incitèrent de plus en plus d’individus – mais aussi de familles entières – à quitter leur misère (quand ce n’est tout simplement la famine), dans des conditions précaires pour rejoindre les pays européens. Il faut dire que les 30 glorieuses avaient fait croire à un réel Eldorado, avec un chômage quasi nul et des perspectives luxuriantes.

Ce qu’il y a de plus étrange, c’est que ce mouvement concerna également des pays comme l’Algérie dont la population avait pourtant été hostile à la présence française et avait créé un conflit de six années pour accéder à l’indépendance. Comment comprendre que dans les années qui suivirent, un flux de plus en plus important d’immigrés du Maghreb se dirigea vers la France ? La théorie de la vengeance par invasion lente que l’on entend parfois n’a aucune validité, au regard de la réalité sociologique des arrivants, véritablement désireux de s’installer et de travailler. Nous savons bien que les immigrés de la première génération ont manifesté une volonté d’intégration très forte et n’ont jamais posé de problème de rupture culturelle avec le pays d’accueil. Les questions d’identité se poseront ensuite, avec les nouvelles arrivées et les secondes et troisièmes générations.

Mais les chocs pétroliers de 1973 puis de 1979-1980 vinrent rappeler que les crises économiques étaient le talon d’Achille du capitalisme. Toutefois, la lecture marxiste et les culpabilisations idéologiques qui en sont le pendant, ont rendu impossible tout traitement objectif de la question migratoire. Toute proposition de restriction de l’immigration devint suspecte de proximité fasciste (dont la référence est désormais totémique), grâce au mécanisme de la diabolisation et de la stigmatisation d’une pensée de gauche qui pesait sur les esprits par le biais d’un discours culpabilisant. Le flux se poursuivit donc, et contrairement aux discours politiques rassurants, sans possibilité de le borner. A cela, il convient d’ajouter un état de fait lié à la règle du droit du sol : Toute naissance sur le territoire acquiert la nationalité française de facto. Une multiplication aberrante d’une immigration sans déplacement de population accrut le sentiment d’une destruction de l’identité française par impossibilité d’assimiler des centaines de milliers d’étrangers – administrativement français, mais apatrides sur le plan culturel.

Car les seules options doctrinales légitimes étant toujours d’obédiences marxistes, il devint impossible à la fois de critiquer un brassage de nationalités trop important et de proposer une politique d’intégration par assimilation de la culture française, puisque la culpabilisation incluait la dépréciation systématique de l’identité française, interdisant par la même occasion toute action d’intégration (puisque nous devions faire profil bas, et que le nationalisme était un vice de l’esprit).

Mais ces dernières années, la prise de conscience de l’impossibilité matérielle d’un accueil toujours plus important des étrangers ainsi qu’un sentiment de mal être de plus en plus fort des populations de souche ont accru les tensions entre communautés, radicalisant les discours concernant l’immigration et provoquant – un peu tard, malheureusement – des décisions gouvernementales tendant à freiner le mouvement.

De ce schéma, je considère qu’il faut retenir la responsabilité quasi exclusive des pays européens (avec une mention toute particulière pour la France). Tant sur le plan des choix politiques qu’idéologiques, le traitement de la question migratoire sut catastrophique.

En cette occurrence, il faut donc bien convenir que la position du Saint Siège est désormais cohérente au regard du poids de nos responsabilités. Mais ses conclusions sont pour le moins étonnantes. Car dans des pays où la culture nationale a subi de telles destructions dogmatiques, où la tradition judéo-chrétienne est tellement contestée, inciter à accueillir sans retenue toute la misère du monde est un suicide civilisationnel dont rêve encore l’extrême gauche – certes – mais qui n’a plus d’assise rationnelle.

L’accueil chrétien est une obligation morale de très haute portée. Nous ne pouvons l’écarter avec légèreté. Mais sa mise en oeuvre ne saurait créer des maux plus graves encore que sa non application. D’autant que secourir ces populations en errance, n’est pas les inviter à maintenir leur paupérisation dans une situation indigne dans nos propres pays. Une politique concertée au niveau européen, d’incitation au développement des pays africains, est d’une tout autre portée en termes d’aide et de secours. A cet égard, on peut avoir des regrets amers de regarder la Chine prendre pied dans ces pays pour organiser un système de production à bas coût par un esclavage moderne (comme en Ethiopie), mais dont la présence massive risque de ralentir la mission européenne. Nous avons beaucoup à oeuvrer pour une telle perspective. Mais de grâce… que cela ne soit défini que par des gouvernements aux qualités morales avérées…

Une question de légitimité

Quand bien même aurons-nous considéré que l’étalage sur la place publique de la vie privée de nos gouvernants – et d’ailleurs de toute personne publique – n’est pas acceptable, qu’il y a une véritable indécence à flatter le voyeurisme d’une population qui se laisse aisément manipuler par des médias cyniques et enorgueillis de leur pouvoir de nuisance (qu’ils assimilent à du pouvoir en tant que tel), il est indispensable d’y revenir pour en analyser les causes et les conséquences à l’aune d’un état de fait que l’on ne peut plus ignorer.

Un irrépressible réalisme. Sans doute aurait-on voulu que les choses fussent autres. Un monde idéal dans lequel on ne cherche pas à nuire à son voisin en propageant des rumeurs, infondées ou non. Un monde où ceux qui ont les manettes de l’information ne se prétendent pas des idéologues pourfendeurs de ce qu’ils jugent eux-mêmes comme ce qui n’est pas acceptable (d’une manière totalement subjective), mais d’authentiques transmetteurs d’informations rigoureuses, sous l’égide d’une éthique d’autant plus irréprochable que la faute journalistique peut être calamiteuse pour celui qui en est victime. Mais le monde n’est pas idéal, et son imperfection est consubstantielle à l’humanité même. Et s’il faut de temps en temps appeler de ses voeux une prise de conscience morale dans une société déstructurée, il ne sert à rien de refuser de commenter ce qui est, au prétexte que ce n’est pas ce que l’on aurait aimé que cela fût. Puisque « l’affaire Hollande » existe, autant en comprendre le sens, essayer de la remettre dans un contexte et en voir les répercussions dans la société – politique, mais aussi civile.

Un triple questionnement. Puisque l’on sait que François Hollande a bien une liaison avec l’actrice Julie Gayet (le monde médiatico-politique le savait depuis au moins une année), trois questions essentielles se posent : En tant que telle, cette affaire fait-elle sens ? Quelles en sont les conséquences politiques ? Quelles conséquences sur l’état de la société ?

Cette affaire, en elle-même, a-t-elle ou non un intérêt quelconque ? Pose-t-elle un problème in abstracto ? Nous savons très bien que les sphères du pouvoir ont de tout temps été traversées par des affaires sexuelles. Les maîtresses des souverains comme celles des présidents (et du personnel politique) sont légions dans la grande Histoire comme dans la petite, depuis l’Antiquité jusqu’à… aujourd’hui. Nous n’en ferons certes pas une vertu. Mais un tel constat universaliste ne peut être balayé du revers de la main. Il ne serait pas honnête de pointer d’un doigt rageur la faute de François Hollande, dont on fustigera son amoralisme, alors qu’il faut bien convenir qu’il n’est en rien différent des autres. Nous pouvons même convenir que François Hollande nous donne enfin une première preuve qu’il est un « président normal »… Enfin, il est évident que rien ne peut justifier de s’immiscer dans l’alcôve des personnes qui nous gouvernent, sinon lorsque les faits rapportés seraient constitutifs d’une infraction pénale. On entend de-ci de-là des commentaires indiquant qu’il est normal de tout savoir sur la vie privée des personnes que l’on élit. Je crois que c’est une erreur totale. Nous savons fort bien – car c’est un trait constitutif de notre condition humaine – que notre intimité recèle parfois des zones d’ombre, des névroses et des imperfections qui ne nous empêchent pas d’avoir par ailleurs des vertus ou des mérites sur un autre plan, notamment sur celui de la capacité à gouverner. C’est un travers de notre époque moderne que de vouloir connaître l’intimité de l’autre. Mais c’est une impasse et un moyen malhonnête de dévaloriser – par exemple – nos grands auteurs, nos intellectuels (dont on tente même d’expliquer la pensée par leur psychisme) en se répandant sur leurs faiblesses présumées. Ainsi en est-il également des hommes politiques. François Hollande n’a pas commis d’acte qui justifie que l’on en fasse les gros titres des journaux (n’oublions pas qu’il n’est même pas marié !). Mais si l’acte en lui-même est d’ordre privé, il n’en est pas ainsi des conséquences intrinsèques et extrinsèques.

L’affaire étant néanmoins lancée, aura-t-telle des conséquences politiques ? De nombreux commentaires mettent en avant l’idée que la situation politique de François Hollande risque de se fragiliser encore. Pourtant un sondage indique qu’une écrasante majorité des Français ne changera pas d’avis sur François Hollande après ces révélations. On semble oublier que la cote de popularité dudit président est tellement basse que les 85 % de Français insatisfaits… ne risquent pas de changer de position avec cette affaire. Plus sérieusement, on voit mal comment, dans une société marquée par une indifférence quasi-généralisée envers toute valeur normative, on pourrait se formaliser d’une situation tellement rendue banale dans le quotidien des Français (voir en cela l’article du Figaro de de dimanche). Cela ne signifie pas que l’on doive s’en satisfaire ! Car à la crise de légitimité politique engendrée par des positions idéologiques très contestables, s’ajoutent désormais une crise de légitimité morale. Et même si les conséquences les plus lourdes sont à ranger dans la question sociétale, il me semble bien difficile de ne pas mettre en parallèle la vie privée tumultueuse de François Hollande et sa volonté quasi doctrinaire d’ouvrir le mariage aux homosexuels. Comment oublier, par ailleurs, cette phrase mémorable de la campagne présidentielle: « Moi Président, je veillerai à avoir un comportement exemplaire » ? Oui, il y a bien crise morale, du moins doit-on le supposer… Et il serait même anormal qu’en l’espèce, cela ne soit pas. Car François Hollande ne peut plus se prévaloir d’une légitimité de chef d’État. Je le répète : ce n’est pas sa liaison qui rend les choses aussi dramatiques, mais les conséquences sur le fonctionnement de l’ Etat, en termes de choix idéologiques et en termes de dissimulation de ce qu’il est lorsqu’il voulait conquérir le pouvoir.

Mais n’est-ce pas aussi toute la société qui est trompée… et qui doit assumer les errements d’un président qui pose désormais problème ? Voici donc un chef de l’ État impopulaire à souhait, qui a perdu tout soutien de la population. Désormais acculé à recentrer sa politique notamment à l’égard des entreprises, il n’a plus de cohérence et sombre dans une logique de fragilisation de la société. Réfugié un temps dans une volonté d’inflexion idéologique quasi entêtée (mariage homosexuel et probablement très vite la PMA s’il n’avait pas été arrêté par une opinion publique défavorable), il apparaît dorénavant comme celui qui se moque de toute valeur normative, de tout principe et de toute honnêteté intellectuelle. La société doit-elle s’identifier à un tel chef ? Pouvons-nous faire confiance à une telle parole ?
Puis viennent également d’autres questions, à la fois éthiques, de bon sens, et de réalité budgétaire. Alors que la France avait déjà abdiqué sur la question de la Première Dame… qui n’était liée au président que par une fiction de titre, mais qu’elle coûtait à l’ État quatre collaborateurs, une intendance, un véhicule avec chauffeur, et qu’elle bénéficiait de tout le train de vie présidentiel, la voici défaite de tout statut. A moins d’instaurer une polygamie d’Etat, on aimerait bien savoir comment ce couple à trois, sans lien autre que celui du concubinage et de la relation cachée peut se traduire en termes d’images publiques et de fonctionnement de l’Élysée. François Hollande est-il en mesure de mettre de l’ordre à tout cela ? Un comportement amoral est bien pire qu’une situation immorale. On peut rechercher la rédemption face à la seconde. Mais le premier est une absence. Une incapacité.

Il y a une profonde lassitude à considérer ces errements et ces fautes morales. On ne peut sans cesse se mordre les doigts avec fatalisme de subir un État qui ne représente pas la population.

(suite…)

Pourquoi y-a-t-il une « affaire » Dieudonné ?

Au regard de la médiatisation et du déchaînement des passions qui entourent « l’affaire » Dieudonné, la question, je le crois, mérite d’être posée. Toutefois, je n’ignore pas le risque que je prends en tentant une approche singulière d’une histoire qui semble ne pouvoir se résoudre que sous l’angle de la provocation ou de l’expédition punitive. Les passions en jeu, la qualité des protagonistes et les pressions idéologiques sont des armes d’une violence inouïe qui, lorsqu’elles sont tournées contre soi, génèrent une mise à l’index équivalant à une mise à mort… Pourtant, j’ose aborder cette affaire… tout simplement parce qu’il serait inconvenant, dans le cadre de ce site que des questions faisant débat puissent échapper à la réflexion. Ce d’autant, que tant de passions fait sens…

Qu’avons-nous, comme préalable ? Dieudonné. Il s’agit d’un humoriste, présent depuis déjà pas mal d’années dans la sphère médiatique. Comme tout artiste, il bénéficie a priori de l’immunité du créateur. En d’autres termes, la société considère que sous l’angle de la création artistique – littéraire, cinématographique, picturale, ou tout autre forme -, l’artiste conserve une liberté de ton que l’on refuse généralement au tout un chacun. C’est ainsi que la multiplication des spectacles modernes du type des « one man show » a permis de laisser se diffuser des insultes à l’encontre de personnalités publiques (notamment politiques) sans que la justice ne trouve à y redire, ou si peu. Guy Bedos a été en cela une sorte de précurseur, comme Thierry Le Luron ou Pierre Desproges (car je ne crois pas possible de remonter à de grands devanciers tels Alphonse Allais, Pierre Dac ou  les bons mots de Sacha Guitry, car les jeux de l’esprit d’alors procédaient d’une tout autre nature que la plupart des spectacles d’aujourd’hui, à part quelques exceptions comme Raymond Devos), suivis depuis par un nombre très important d’humoristes dont le fonds de commerce est souvent lié à des moqueries sur le physique, la manière de s’exprimer, ou même sur une prétendue inintelligence de leurs victimes. Citons par exemple Christophe Alévêque, Stéphane Guillon, Laurent Gerra ou Nicolas Bedos (mais il y en a d’autres). Bien sûr, beaucoup d’humoristes choisissent l’humour de situation et les histoires drôles plutôt que la moquerie personnelle sur fond d’oppositions politiques ou idéologiques (et la liste est heureusement longue), mais force est de reconnaître que la moquerie personnelle est de plus en plus fréquente. A cela s’ajoute ce que j’appellerais le « syndrome de l’artiste engagé », dont sont atteints nombre d’artistes politiquement à gauche, et qui trouvent naturel de cracher sur leurs bêtes noires par le biais d’une ironie délégitimante. Nicolas Sarkozy en a largement fait les frais. Là encore, ce mode d’expression, qui n’a rien à voir avec une discipline artistique et qui est très éloigné d’un prétendu intellectualisme parfois revendiqué (!) a quelque chose de troublant.

Deux objections sont souvent émises à l’encontre de cette analyse : D’une part, il est fait mention de la difficulté de trouver la ligne de séparation entre le droit à l’humour, voire à l’insolence – qui a toujours existé et qui est un exutoire tout à fait sain dans une société – et le déversoir de haines ou de doctrines sous couvert d’un prétendu humour, ou de la liberté de l’artiste. D’autre part, on invoque également la dangerosité de proclamer des interdits ou des tabous, sachant les dégâts commis par les censures dans les pays qui s’y adonnent. Ces objections sont évidemment recevables. Et loin de moi l’idée de trancher ex abrupto entre ce qui est tolérable et ce qui ne l’est pas, ou pire, de décréter que certains sujets devraient être interdits. Je crois qu’au delà de tout jugement péremptoire, il est plus utile au débat de considérer l’évolution d’une société qui renonce de plus en plus à une éducation policée, respectueuse, cultivée… civilisée, au profit d’un relâchement moral, d’une banalisation de la grossièreté, d’un appauvrissement culturel et d’une indécence proclamée devant toute autorité. J’avais écrit un article en 2009 sur cette évolution dont l’élection de Nicolas Sarkozy me semblait être un témoignage (« Nouvelle pratique politique ou nouvelle praxis sociétale ?). Vous pouvez y accéder dans l’onglet « Rétrospective » qui reprend quelques articles antérieurs publiés sur d’autres sites et blog.

Dans quelle catégorie doit-on « ranger » Dieudonné ? Au vu des thèmes qu’il reprend très souvent (religion, politique…) qui sont donc polémiques et chargés d’affects (puisque liés à des convictions ou qui relèvent de la foi), ainsi que des critiques ironiques souvent acerbes qu’il fait de personnes nommément désignées, il n’y a pas de doute sur son « appartenance » à la sphère des humoristes qui trouvent dans la caricature outrancière l’essentiel de leur inspiration.

Reconnaissons-le : Il y a quelque chose d’un peu gênant à se faire insulter simplement parce que l’on exerce une fonction publique sans pouvoir agir pour que cela cesse. Les Guignols de Canal + sont un exemple frappant des dérives d’une société qui ne veut plus reconnaître la notion de respect. Je ne suis pas sûr que nous devrions abdiquer sur cela. Le respect n’est pas une fioriture démodée. Il est la base même de la vie policée en société. Et là, manifestement, nous n’allons pas dans le bon sens.

Mais ce ne sont pas ces considérations qui sous-tendent désormais la levée de bouclier à l’encontre de l’humoriste. Car ce qu’on lui reproche n’est pas une infraction ordinaire. Depuis plusieurs années déjà, Dieudonné manifeste une réelle envie de ne pas respecter l’interdit de l’antisémitisme. Alors même qu’il se défend de cette accusation – et en cette occurrence, une telle qualification mérite d’être étudiée – la classe politique est désormais quasi-unanime (à l’exception notable du Front National) pour demander que des sanctions soient prises. Mais Dieudonné poursuit sans sourciller, et a inventé un signe appelé « la quenelle » que certains apparentent à un salut nazi, alors que d’autres estiment qu’il ne s’agit que d’un signe de contestation qui s’est désormais répandu chez les jeunes.

Je crois que, ainsi armé de ces quelques préalables, nous pouvons analyser cette affaire sans passion… du moins si on nous concède l’idée qu’une analyse des faits est encore possible dans notre société, sans risquer la diabolisation…

  1. L’idée que la liberté d’expression en général et la liberté de l’artiste en particulier puissent être invoquées pour défendre une position qui viendrait heurter les valeurs fondamentales d’un groupe quelconque d’individus, ou de bafouer une référence à une époque dramatique, ou de ne pas respecter les défunts liés à des actes sans autre justification que celle de choquer, de se moquer, de dévaloriser, d’humilier, pose réellement problème. Le pseudo artiste qui immerge un crucifix dans un bocal d’urine, les caricatures de Mahomet croquées pour en salir la référence, la folle de Femen qui investit l’église de la Madeleine et qui singe l’avortement de Marie devant l’autel… sont des inepties absolument condamnables. Que l’on ne viennent pas me dire que certains de mes exemples sont de l’art… Ce n’est, en vrai, qu’une provocation, liée comme les autres outrances à cette idée qui prévaut depuis la Révolution, que rien ne doit plus être sacré. Mais l’Etat a cessé de l’être depuis longtemps… Alors il n’est pas acceptable que l’on se paie la tête de ceux qui n’ont pas envie de souscrire au désenchantement du monde… qui n’est qu’un point de vue comme un autre. Nous répétons à satiété un adage (qui ne veut absolument rien dire, mais qui est rendu universel) : « La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres ». Il n’y a pas de liberté possible pour un catholique à qui l’on interdit d’exprimer sa foi et que l’on condamne à subir les blessures de ceux qui s’en moquent. C’es donc en cette occurrence que je ne suis pas d’accord avec la position du Front National qui invoque la liberté d’expression pour récriminer contre les tentatives du Gouvernement de museler Dieudonné. En d’autres termes, si l’analyse des propos de l’humoriste conduit à estimer qu’il blesse de manière évidente et forte, à la fois l’identité et les convictions profondes d’un groupe particulier, il en sera donc coupable. Est-ce une société totalitaire, liberticide et omnipotente qui serait le résultat d’une réglementation plus stricte en matière de diffamation ? Je ne le crois pas, car ce serait alors confondre l’érection des tabous que la société ne cesse de nous opposer pour orienter l’opinion publique, et le bon goût… L’éducation de qualité n’a pas besoin des sanctions pénales pour respecter autrui.
  2. A cette première analyse, il convient de mettre en regard le fait qu’aucun des exemples que j’ai cités (Crucifix, Caricatures et Femen) n’a donné lieu à condamnation pénale. Pour la Femen, dont l’acte décrit a été commis avant Noël, nous ne pouvons préjuger des suites donnés, mais il ne semble pas, à ma connaissance que grand chose se passera puisque la plainte déposée par le prêtre a déjà été classée sans suite.
  3. En ce qui concerne les propos de Dieudonné, nous avons à la fois les enregistrements de ses spectacles et ses propres commentaires sur le web (en particulier sur YouTube). Et là, il convient de prendre en compte qu’une différence d’interprétation existe entre ce qui lui est reproché et ce qu’il répond en défense. Il est clairement accusé d’antisémitisme, tandis que lui évoque une position antisioniste. Et ce n’est évidemment pas une simple question de vocabulaire, car les deux termes ne sont pas synonymes. Depuis la Seconde Guerre Mondiale, les sociétés occidentales ont érigé la question juive en une sorte de sujet interdit. Les atrocités commises contre les Juifs imposaient – et imposent toujours – l’expression d’une grande pudeur et une retenue particulière. C’est ce qui est le plus souvent observé en France  notamment, et c’est absolument légitime. En revanche, considérer que toute critique de la religion juive, de la politique menée par Israël, ou tout trait d’humour sur les « Juifs » en général sont frappés d’une censure ex ante et absolue, n’est pas une position tenable à deux égards au moins : En premier lieu, ce serait une sorte d’immunité accordée ex cathedra (si je puis dire) à toute personne de confession juive, quelle qu’elle soit, au regard du seul critère d’appartenance religieuse, telle une nouvelle « discrimination positive ». Cela n’est pas admissible. La population juive a été victime de la Shoah, certes. On ne peut admettre qu’elle en est encore victime aujourd’hui. Les Juifs sont des personnes comme les autres. Et leur religion doit être respectée comme les autres. Pour ma part, je déplore le peu de considération que l’on témoigne en général aux religions, et en particulier à l’Eglise catholique qui fut le berceau de l’identité de notre pays (car la France à 1500 ans). Je suis donc enclin à ne pas admettre la profanation morale et idéologique des religions qui ont tant apporté à la réflexion intellectuelle et philosophique sur ce qu’est l’homme.
  4. Mais à ces considérations théoriques, il faut également comparer les propos de Dieudonné avec les atteintes répétées et si peu sanctionnées à l’image de l’Eglise catholique. Dès lors que l’on classe sans suite la prestation de la folle Femen à la Madeleine, je ne vois pas comment il serait possible de paraître outré pour d’autres propos sans doute peu valorisants pour les Juifs, mais loin des humiliations des catholiques. Un tel spectacle de Femen dans une synagogue serait à n’en pas douter autrement médiatisé que ne le sont ceux dans les églises.
  5. La distinction entre antisémitisme et antisionisme est de taille. Même si le CRIF ne semble pas vouloir le percevoir, il serait totalement anormal que le sionisme ne puisse faire l’objet de critiques. Les Juifs sont dans le monde au même titre que les autres. La politique d’Israël, les prises de position de ses dirigents, la position statutaire des Juifs dans les autres Etats (les lobbys aux USA et ailleurs) n’ont rien à voir avec l’antisémitisme. Il ne s’agit pas de porter un jugement in abstracto sur une population, mais d’avoir un point de vue – fût-il critique – sur des actes et des positions, des postures et des points de vue. Les Juifs défendent leurs intérêts à la fois individuels et collectifs. Ils ne vivent pas en marge du monde. Ils réclament qu’on leur reconnaisse une identité. Dès lors, et spécifiquement sur le plan de cette identité qui engage des prises de position, le caractère antisémite d’une critique formulée dans cette occurrence ne serait pas légitime et entraînerait une dissymétrie statutaire injustifiable. Je dis cela, tout en ayant à l’esprit que maintes situations ont précisément conduit à des qualifications d’antisémitisme tout à fait exagérées. Pour ce qui est de Dieudonné, il ne peut être douteux que certains dérapages ont eu lieu. Mais j’ai visionné plusieurs de ses spectacles ainsi que des vidéos dans lesquelles il tente – parfois maladroitement – d’expliquer sa posture. Les propos pouvant être assimilés à de l’antisémitisme sont extrêmement limités. Cela ne signifie pas qu’il faille passer dessus. Mais la virulence des réactions politiques est tout à fait outrancière.
  6. Puis vint l’affaire de la quenelle… Il semble acquis par l’ensemble de la classe politique que ce geste est antisémite. Je suis désolé, mais sa création montre qu’il n’en est rien. Il a bien été, dès l’origine, un geste qui s’apparente à une marque de contestation sociale. Beaucoup de sportifs se sont fait photographier en le faisant, car il n’était alors pas connoté. C’est d’ailleurs une question qui se pose : si le caractère antisémite avait été évident, la polémique aurait démarré bien plus tôt. Son analogie avec un geste « nazi inversé » est une imbécilité inventée par la presse et reprise à satiété par des politiques opportunistes mais très mal informés. Soyons clairs… la manière de faire le geste en dit suffisamment long sur sa signification (que la bien séance m’interdit de nommer plus précisément)… ainsi que le mot « quenelle » lui-même. Nous sommes bien loin d’un geste nazi… Il suffit d’ailleurs de lister les photographies postées sur Internet de milliers de personnes effectuant ce geste sans aucune connotation, alors que quelques dizaines seulement ont le mauvais goût de l’effectuer devant une synagogue, une rue au nom juif, un mémorial ou autre. La disproportion est telle que l’on comprend que la récupération antisémite de la quenelle n’existe que par l’invention qui en a été faite postérieurement par ceux-là mêmes qui s’en offusquent aujourd’hui.
  7. Mais la machine politique, idéologique et bientôt judiciaire est en marche… Manuel Valls s’est fendu de déclamations tragiques pour dire qu’il allait oeuvrer pour que la machine administrative écrase l’indécent. A droite comme à gauche, on récrimine avec des cris de jeunes vierges. Les instances représentatives juives n’ont pas de mots assez forts pour clouer au pilori le monstre en puissance. Mais on ne se contentera pas de punir Dieudonné pour ce qu’il a dit. Toute la subtilité de l’affaire est de lui interdire également a priori de se produire sur scène… c’est à dire de le condamner pour des propos qu’il n’a pas encore tenu.

Comme je l’ai dit, loin de moi l’idée de défendre Dieudonné par le biais de la liberté d’expression. Ce serait la porte ouverte à une déperdition de toute valeur morale car rien ne serait interdit…

Qualifier au plus juste les propos de Dieudonné est une exigence. On ne peut lui refuser l’objectivité sous prétexte qu’il est antisioniste, puisque le droit de critiquer est fait pour tout le monde, et à l’encontre de tout le monde. La mesure et l’absence de calomnie et de diffamation en sont les seules limites. Le CRIF ne devrait pas exagérer la dérive antisémite car on ne gagne jamais à accuser à tort sinon à ne pas être crédible.

Mais il faut aussi replacer Dieudonné dans le contexte actuel d’une société qui ne connait pas les limites du respect. A force de rabaisser l’autorité politique, de piétiner les valeurs spirituelles, de s’accomoder des injures et des grossièretés, elle s’est largement désarmée face aux dérives pas forcément du meilleur goût que certains utilisent comme créneau d’existence publique. Cela rend encore plus malaisé une critique outrancière à son encontre.

Quant à la phrase de François Hollande : « Il faut approuver et soutenir l’initiative de Valls »… ce qui me dérange le plus, c’est la formulation « il faut »… car je ne crois pas que Monsieur Hollande ait une quelconque autorité morale.

Au final, on peut rappeler que Dieudonné a déjà fait l’objet de plusieurs condamnations pour des propos antisémites. Il serait selon moi dangereux d’en faire une victime d’un acharnement médiatico-politique totalement disproportionné. Car de très nombreux Français, en ces temps d’indigence identitaire, ne demandent qu’à suivre celui ou celle qui représentera le combat pour des valeurs.

La politique n’a plus sa place dans le piètre spectacle des temps modernes

Les mois passent. Chaque jour ou presque apporte une désillusion supplémentaire à une population saturée par une politique qui n’a plus de légitimité. De tous les engagements de François Hollande, quels sont ceux qui ont été appliqués et qui ne sont pas couverts par la controverse, la polémique ou l’échec notoire ?

La crise a désormais bon dos… Quand elle est partout ailleurs en voie de résorption, comment les pouvoirs publics peuvent-ils toujours s’y référer comme  la cause de tous les maux ? Dans un pays qui compte encore parmi les plus grande nations du monde, le niveau de nos hommes politiques est de moins en moins en adéquation avec le travail demandé. A force de surenchère électorale, d’ambitions personnelles et de fausses compétences, nous n’avons plus pour nous gouverner que d’excellents compétiteurs… qui ne sont finalement que de piètres gestionnaires sans vision politique à long terme.

Le chômage augmente encore au mois de novembre… mais le Gouvernement continue de se fendre de communiqués sur la victoire à venir contre le chômage. Car seule la communication a de l’importance, aujourd’hui. Elle est à la base de la crédibilité superficielle. Il suffit d’affirmer plus haut et plus fort que les autres pour obtenir la légitimité. La parade de l’illusion s’inscrit désormais dans tous les aspects de la communication. Il faut des jeunes et des femmes au Gouvernement car cela fait dynamique et moderne… et tant pis s’ils sont sans expérience ; Il faut ménager tous les courants du parti majoritaire en piochant les ministres dans toutes les tendances… et fi des incompatibilités, des surenchères, des querelles et des noms d’oiseaux…

Entendons-nous bien : la critique que je formule ne concerne pas seulement l’actuel gouvernement, bien qu’il semble désormais cumuler les handicaps et les erreurs. C’est une tendance déjà observée sous les présidences Chirac et Sarkozy. Il y a une véritable mutation des hommes politiques ces vingt dernières années, sans doute trop sensibles à une société qui, ayant perdu ses repères et son identité, et totalement immergée dans un consumérisme qui modèle jusqu’à la façon de penser des individus, s’en remet ipso facto au « commercial » de la politique le plus adroit… pour ne pas dire pire.

Nous avons perdu le sens du mot politique. La gestion de la Cité ne peut se résumer à une recherche exclusive de la basse flatterie électorale et des compromis toujours a minima. La politique n’est pas cette comédie sur fond de sondage et de perspectives de conquête ou de maintien sur les sièges du pouvoir que l’on veut nous imposer. La politique réclame un esprit d’abnégation, une volonté de se consacrer aux affaires de la Cité sans rien attendre en retour sinon le plaisir du travail accompli. Jean Jaurès, Léon Blum, le général de Gaulle, Georges Pompidou, étaient de cette race de politiques. On peut être pour ou contre leurs idées politiques, mais on doit respecter en eux la passion pour la chose publique et les vertus d’un engagement d’une vie.

Alors que les questions fondamentales ne cessent de se poser à nous avec une acuité toujours plus dense – choix dans la mondialisation, compétitivité de nos entreprises, stratégie de positionnement économique, problèmes éminents de l’identité de notre pays, stratégie de Défense, chômage de masse insupportable, déficit budgétaire et dette publique, empilement des structures publiques, gabegie financière de l’argent public… nous nous contentons encore de la superficialité des élus locaux et nationaux qui entretiennent des discours redondants et superfétatoires sonnant creux.

Je ne crois pas que ces problèmes puissent être résolus par une alternance électorale. Ils révèlent une crise majeure de la société, dont on recherche le consensus « mou », et à laquelle on suggère qu’il n’y a pas d’autre réalité possible que celle dont on continue de nous vanter les mérites, contre les évidences.

Un tableau de la France en cette fin d’année 2013

Comme il est de coutume dans tous les médias, nous pouvons profiter de cette fin d’année 2013 pour tenter de dresser un tableau de la situation de la France. 

« Comme il est de coutume« , dis-je… surtout quand ça va mal, comme nous ne pouvons qu’en faire le constat amer. Car force est de reconnaître que nous n’avons que bien peu de raison de nous satisfaire de la situation. Les sondages comme les études d’opinions ne cessent en effet de montrer le pessimisme ambiant qui règne en France depuis plus d’un an et qui ne semblent pas vouloir considérer que l’année qui vient puisse être fondamentalement différente.

Sur le plan politique, il est presque inutile d’ajouter au déferlement de critiques dont le pouvoir exécutif est désormais la cible quotidienne. François Hollande n’est pas à la hauteur de la fonction. Il a été élu à la présidence de la République par une double négation. A la primaire du parti socialiste, c’est par défaut qu’il fut élu, en tant que ventre mou des différents courants internes au parti. Et contre Nicolas Sarkozy, victime d’un rejet de l’opinion non seulement de gauche mais aussi de la branche conservatrice de l’UMP, il n’eut qu’à réciter un bréviaire d’inaction en perspective d’une présidence normale. Comme je l’avais mentionné plusieurs fois antérieurement à la présidentielle de 2012, et notamment dans un article « Petite analyse de science politique« , François Hollande avait également un avantage important sur son rival : d’une présidentielle à l’autre, on distingue nettement à quel point l’opinion publique vote tel un balancier, une fois pour un homme (et un programme) réformateur, ambitieux, prêt à vouloir engager un combat pour faire bouger les lignes, puis la fois d’après, pour un candidat consensuel, « juste milieu » comme dirait Verlaine, prompt à calmer l’inflation réformiste. Après Nicolas Sarkozy, la bonhomie hollandaise ne pouvait que faire merveille…

Mais la question politique ne s’arrête pas, loin s’en faut, à un problème de casting. Car la gestion de la crise, les économies à réaliser, les trois millions de chômeurs, la déconfiture de l’industrie nationale… ne devaient surtout pas être traitées par les vieilles lunes de l’Etat omnipotent dont on sait aujourd’hui qu’il n’aura été qu’un gaspillage du trop plein des « trente glorieuses » ainsi que la résultante d’une gauche révolutionnaire (parti communiste et affidés) déçue de n’avoir pas réussi à convaincre l’URSS en 1945 de transporter en France le paradis communiste du bloc de l’Est en constitution, et qui s’est jetée à corps perdu dans une surenchère de la prise en charge individuelle comme préalable à la destruction de la société capitaliste.

Or, toute en rondeur quelle soit, la gauche de François Hollande, totalement étrangère à l’économie réelle – à l’image d’Arnaud Montebourg qui pensait pouvoir contrecarrer les fermetures d’entreprises par la rhétorique et la présence médiatique – croit encore que l’emploi subventionné des jeunes suffit à déguiser le chômage en sortie de crise, et ne veut pas admettre que seul le dégonflement d’une fonction publique hypertrophiée peut redonner à l’Etat la capacité d’action. Et encore entendons-nous bien : la capacité de l’Etat à agir ne peut se faire que par la négative, c’est à dire par des mesures de baisse massive des impositions du secteur productif, et surtout pas par des interventions directes de redistribution.

Sur le plan sociétal, la France a connu une période tout à fait inédite depuis de longues années. La loi sur le mariage des homosexuels a en effet donné lieu à un vaste mouvement dont les acteurs principaux ne sont que peu politisés (même si, convenons-en, la grande majorité était de sensibilité de droite), ne formant donc pas un bloc idéologique homogène, et qui ont pu mobiliser des centaines de milliers de manifestants plusieurs fois en quelque mois, sans pour autant que la loi fût ajournée. De part en d’autre de la ligne de fracture entre les tenants et les opposants, il est notable d’observer qu’aucun dialogue ne fut vraiment possible. Doctrine contre doctrine, idéologie contre idéologie, philosophie contre philosophie, le champ des idées fut investi mais ne trouva aucune possibilité de dialectique, c’est à dire d’un dépassement des deux oppositions. A la liberté et l’égalité des situations juridiques invoquées par les partisans de la loi, il fut opposé une certaine image de la famille traditionnelle et de la filiation par ceux qui la contestaient. Comment pouvait-on entrevoir l’aboutissement d’une telle rupture, sinon par le célèbre adage socialiste de 1981 récité par André Laignel « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires » ?

Sur le plan de la cohésion nationale, les clivages idéologiques sont de plus en plus difficiles à observer. A une bipolarisation artificielle de l’échiquier politique (qui rendait bien service lors de la formation des majorités électorales, mais qui n’a jamais correspondu à l’état des idées politiques en France), on assiste de plus en plus à un émiettement des idées qui se traduit par une pression interne aux deux grands partis politiques (UMP et PS) de plus en plus menacés de déformation centripète, et par des clivages à géométrie variable entre des tendances et des courants très minoritaires (centristes notamment) mais dont le rapprochement circonstanciel peut conduire à des minorités de blocage. Enfin, le Front National apparaît de plus en plus comme un aggloméré de sympathisants venus de tous les courants politiques et trouvant une sorte d’exutoire à un phénomène de ras-le-bol à la fois économique et identitaire.

Au total, nous avons un tableau profondément pessimiste de la France. Il n’y a guère de sujets qui puissent être motif de satisfaction. Mais, disons-le de suite : nous devons nous interdire de croire que le malaise est engendré par des décisions de court terme et qu’il suffirait d’un changement électoral pour retrouver un âge d’or vertueux. Les questions fussent-elles politiques qui sont ici posées, nécessitent une réflexion d’ensemble approfondie, dépassant les cadres actuels des références politiques et faisant fi des idéologies mêmes dominantes.

C’est une belle exigence que nous pouvons nous donner à nous-mêmes pour l’année qui vient… Engager une réflexion pour un avenir…

Les contradictions intrinsèques de la société portent en germe sa propre finitude

Nos sociétés modernes reposent sur le principe de la relativité. Nous protégeons la liberté de pensée (sous entendu que chaque opinion est digne d’intérêt, quelle qu’elle soit) ; nous avançons au gré des alternances électorales dans une logique de progressisme dans la liberté des choix de vie privée, fussent-ils amoraux (la loi s’interdit toute promotion ou toute hiérarchisation de valeurs morales, laissant l’individu vivre comme il l’entend en lui autorisant toute pratique, pourvu qu’elle ne nuise pas à autrui et en interdisant par la même occasion toute tentative de critiquer autrui sur le registre d’une morale reléguée dans la sphère intime.

Nous sommes donc dans un système qui assure et assume l’individualisme comme fin ultime de la vie en société. Chaque « citoyen » est libre de vivre en marge s’il le souhaite. Ses idées sont bonnes parce que ce sont les siennes. Les valeurs normatives  qui fondaient auparavant toute structuration communautaire, qui la faisait exister en exigeant de ses membres le respect des principes moraux transcendants les vies individuelles pour leur donner un sens (l’impératif catégorique kantien) s’effacent au profit de la seule idée d’individuation légitime du mode de vie.

En France toutefois, l’individualisme et la relativité s’arrêtent au rejet de la morale et de la religion : Ils ne sont pas politiques. Un fort système de répartition est instauré par l’Etat interventionniste pour corriger les inégalités, grâce au concept ingénieux – mais contradictoire sur le plan de la terminologie – de la solidarité imposée. On décide à la place du « citoyen » libre qu’il devra contribuer à telle ou telle politique solidaire, qu’il doit subvenir aux besoins de telle ou telle catégorie de la population. Il paie des impôts, mais n’a aucune emprise sur leur utilisation (et les alternances politiques ne remettent jamais en question la légitimité d’une imposition précédente, car ce serait alors admettre qu’il s’est agit d’un racket calamiteux ; tout juste peut-on critiquer la « pression fiscale », ce qui n’est évidement pas la même chose).

De ce double constat de liberté individuelle et de solidarité collective, décrite par Tocqueville comme étant un objectif continuel de la France depuis le Moyen-Age et dont la Révolution en serait le parachèvement (universalité des droits de l’homme plaçant la liberté individuelle au sommet des valeurs à défendre mais dans une évolution d’égalisation toujours plus forte des conditions de vie et des statuts), il a été tiré le seul régime politique qui incarne cette marche en avant : la démocratie. C’est même un aboutissement indépassable – puisqu’aucun autre régime ne pourrait apporter la satisfaction de ces deux postulats, si bien qu’on a pu parler de « fin de l’Histoire » (Francis Fukuyama).

Dès lors, on peut s’étonner  – par delà les interprétations politiques et le brouhaha des opinions multiples qui s’expriment désormais à l’infini – de constater à quel point la société semble aller mal, traversée à la fois par une violence mortelle individuelle et collective, une incapacité de plus en plus manifeste d’agréger les individus autour de ses fondamentaux pourtant censés contenir la potentialité de la meilleure vie possible, une fronde générale liée à un ressenti négatif qui dépasse de loin la capacité de prise en compte des alternances électorales. Violence, mal-être,  déstructuration, anomie… Le recul laisse songeur et rappelle des périodes préfigurant des situations pré-révolutionnaires ou de fin de systèmes.

Rien d’étonnant, pourtant, qu’il en soit ainsi. Car nous vivons dans une contradiction continuelle, intrinsèque à la société, à ses fondements doctrinaux, à ses idéaux.

Une société, par essence, est une communauté d’individus dont les membres ont en commun un destin, une histoire, une culture, une identité, des règles de fonctionnement, et surtout : le sentiment d’interdépendance. Or, nous avons aujourd’hui précisément l’inverse de ce substrat sociétal. A trop avoir voulu anéantir les principes identitaires qui servaient de vecteur au relationnel entre les individus, qui agrégeaient la somme des individus en un peuple ayant sa cohésion, nous avons laissé un champ de ruine à la place des certitudes morales et des valeurs normatives. Il ne suffit pas de parler de liberté individuelle pour créer un sens commun à une population. Au contraire, la liberté débarrassée de l’ancrage culturel et de son enracinement provoque l’anéantissement du lien fondamental nécessaire pour reconnaître en l’autre son inscription dans une identité collective qui est également la nôtre. Mais pour cela, encore faut-il que l’autre ne soit pas d’une culture étrangère incompatible ou qu’il ne désire pas s’approprier les valeurs autochtones. Il ne faut pas non plus que l’Etat fasse disparaître toute tradition d’appartenance, toute culture historique sous prétexte de « changement de civilisation ». Les banlieues sont à cet égard une source sans fin d’exemples de ce qu’il ne fallait pas faire. Mais le reste du pays souffre également que l’on ait vidé de son sens les références à la culture française.

Etait-ce inéluctable d’en arriver là ? Toute philosophie porterait-elle en germe une telle évolution ? Evidemment, non. Ce n’est qu’une conception particulière de la vie en société qui nous conduit à cela, et pour tout dire, une conception française. Nous avons crû qu’il suffisait d’ériger la liberté comme dogme absolu pour permettre l’émancipation de l’individu et l’appropriation de sa vie. Mais, en définitive, nous n’avons qu’inter-changé une idéologie à une autre. A la seconde que l’on trouvait insupportable car coercitive (la morale, le droit naturel, les principes de l’ordre chrétien) nous l’avons remplacée par une nouvelle tout aussi indépassable et puissamment intransigeante, caractérisée par un écart considérable entre la théorie et la réalité pratique (la croyance dans les vertus intrinsèques de l’individu, sa capacité à définir seul son mode de vie, la justesse de son jugement… mais à travers des choix dictés ex-nihilo, des alternatives figées et finalement sans conséquences positives).

A la notion de liberté et d’égalité – qui sont des absolus qui font tourner la tête mais qui ne sont pas applicables en soi ex abrupto et dans toute leur étendue – il conviendrait d’y adjoindre une pratique culturelle et identitaire qui puissent redonner à la France de la fierté, de la passion, du plaisir de vivre ensemble par delà les vicissitudes des problèmes économiques et des destins individuels et collectifs.

Quand l’antimilitarisme a seul la légitimité de la commémoration des guerres…

Il y a quelque chose de convenu, chaque année, dans les discours des élus locaux et nationaux, lors des commémorations du 8 mai et du 11 novembre.

On rappelle les atrocités de la guerre (avec le vocabulaire  adéquat : les massacres, les boucheries, la haine des autres, les décisions politiques iniques…), on dénonce l’acharnement des chefs militaires, et on appelle de ses voeux la paix éternelle.

Après tout, qui peut être contre la paix ? Qui pourrait minimiser les souffrances des poilus dans les tranchées ? Qui oserait ne pas convenir des horreurs dont sont victimes les populations civiles en temps de guerre ?

Certes. Mais n’y a-t-il pas aussi, de la part de ceux qui nous gouvernent un devoir de vérité historique ? Car c’est en quelque sorte faire preuve d’honnêteté intellectuelle, que de rappeler que l’histoire des Etats s’est faite à travers les conflits. Consolider les limites territoriales pour permettre à une culture et une identité de s’y épanouir, consolider une présence ultramarine, défendre sa souveraineté, faire respecter le droit international, venir en aide aux Etats victimes d’agressions militaires… Tous ces motifs qui paraissent aujourd’hui suspects d’illégitimité, sont précisément ceux qui ont façonné notre civilisation et qui nous ont donné nos limites territoriales, culturelles et identitaires qui fondent la richesse de tout Etat.

Nous avons vu à quoi l’antimilitarisme des nations européennes a conduit en 1939, mais nous continuons de déplorer la guerre comme si elle ne pouvait être juste, comme si elle ne nous avait pas montré, par le passé, qu’elle pouvait se révéler salutaire pour la survie de l’Etat. La France n’avait que des bonnes raisons de se soumettre à l’envahisseur anglais au début du XIVème siècle : un pays exsangue, une population martyrisée par une soldatesque impitoyable et brutale par où elle passait, un délitement total du pouvoir politique (rappelons-nous du « roi de Bourges »). Qu’il aurait été alors facile de clamer un antimilitarisme larmoyant ! Pourtant, c’est Jeanne d’Arc qui remet un supplément d’âme dans ce Royaume décharné, et qui nous dit que pour vivre en paix, pour que se réalise la possibilité d’une vie plus douce, il faut d’abord se sacrifier encore une fois, et se battre pour son pays, terre de vie, mémoire des générations passées et promesses pour nos enfants.

On ne rend pas mieux hommage à tous les morts des guerres modernes en pleurant par antimilitarisme sur l’horreur de ces années sombres, qu’en redisant avec profondeur et respect que nous ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui, si sur les champs de bataille de Tolbiac, de Bouvines, de Denain, de l’Argonne ou à la Libération de Paris, dans les tranchées de Verdun et sur les plages du débarquement de 1944, des centaines de milliers d’hommes n’avaient pas considéré que leur devoir dépassait le cadre de leur propre existence.

Mais le patriotisme, la défense de valeurs propres à un peuple, la sauvegarde d’une identité tirant ses racines de l’Histoire ne peuvent plus être mis à l’honneur. Le contexte de nos sociétés actuelles, l’individualisme de nos contemporains réduits à un rôle de consommateurs sans repères normatifs, la désagrégation galopante de notre culture sous l’impact d’une immigration non intégrée, ont dessiné la nouvelle nature de l’homme moderne… anhistorique.

Google + : Jean-Pierre Bernardin

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